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Plus de 20 ans après, IAM ouvre son «Micro d’argent»

18 juin 2018

Le 18 mars 1997, l’Ecole du micro d’argent, troisième album d’IAM, sortait dans les «bacs». Créé entre Marseille, New York et Paris, il allait devenir disque de diamant (plus d’un million de vente) et une référence majeure, unanimement considérée comme l’un des meilleurs albums de rap français - si ce n’est le meilleur.

Vingt ans plus tard, on n'est est allé à la rencontre d’IAM et de leurs complices, d’observateurs avisés du rap mais aussi de ceux qui ont influencé le disque ou s’en sont nourris, hier et aujourd’hui. Ils racontent l’histoire de «Petit frère», «Demain c’est loin», «l’Empire du côté obscur» et du reste de cet album majuscule, de sa genèse à sa postérité.

Interviews

Kephren, IAM On part toujours d'un défi. C’est un peu un truc à la con, mais on ne veut jamais refaire la même chose. C’est pour ça que par rapport à Ombre est Lumière on n’allait pas faire «Je danse le mia» une deuxième fois…

Nicole Schluss, ex-directrice marketing de Delabel En 1993, l’album Ombre est Lumière avait fait date avec notamment un tube comme «Je danse le mia». C’était la première fois qu’un titre de rap passait sur Fun Radio ou NRJ, un truc de fou parce qu’à l’époque, le rap n’avait pas d’entrée dans ce genre de radio populaire, de variété.

«Sous les basses vibre la toiture / et les types sont des bandes de clebs sur la plage arrière des voitures»(Bouger la tête)

Sofiane, rappeur Ombre est Lumière, c’est la période où le rap me frappe de plein fouet. «l’Aimant», c’est une dinguerie, une folie atomique. D’ailleurs, ce sera aussi le titre du film d’Akhenaton (Comme un aimant).

Vincent Piolet, auteur de Regarde ta jeunesse dans les yeux, naissance du hip-hop français 1980-1990 En 1997, IAM est déjà un groupe star grâce au «Mia» et à Ombre est Lumière. Mais au même moment, la scène rap se développe, notamment à Paris, avec le collectif Time Bomb, qui regroupe alors Oxmo Puccino, Booba, les X-Men, et qui est en train de réinventer le rap français, que ce soit au niveau du texte ou du flow. C’est un moment d’évolution, et IAM est au courant. Le groupe aurait pu faire une copie d’Ombre est Lumière, il va préférer élever le niveau.

Kephren, IAM On part toujours d'un défi. C’est un peu un truc à la con, mais on ne veut jamais refaire la même chose. C’est pour ça que par rapport à Ombre est Lumière on n’allait pas faire «Je danse le mia» une deuxième fois…

Nicole Schluss, ex-directrice marketing de Delabel En 1993, l’album Ombre est Lumière avait fait date avec notamment un tube comme «Je danse le mia». C’était la première fois qu’un titre de rap passait sur Fun Radio ou NRJ, un truc de fou parce qu’à l’époque, le rap n’avait pas d’entrée dans ce genre de radio populaire, de variété.

«Sous les basses vibre la toiture / et les types sont des bandes de clebs sur la plage arrière des voitures»(Bouger la tête)

Sofiane, rappeur Ombre est Lumière, c’est la période où le rap me frappe de plein fouet. «l’Aimant», c’est une dinguerie, une folie atomique. D’ailleurs, ce sera aussi le titre du film d’Akhenaton (Comme un aimant).

Vincent Piolet, auteur de Regarde ta jeunesse dans les yeux, naissance du hip-hop français 1980-1990 En 1997, IAM est déjà un groupe star grâce au «Mia» et à Ombre est Lumière. Mais au même moment, la scène rap se développe, notamment à Paris, avec le collectif Time Bomb, qui regroupe alors Oxmo Puccino, Booba, les X-Men, et qui est en train de réinventer le rap français, que ce soit au niveau du texte ou du flow. C’est un moment d’évolution, et IAM est au courant. Le groupe aurait pu faire une copie d’Ombre est Lumière, il va préférer élever le niveau.

Shurik’n et Akhenaton dans l’appartement loué par IAM à New York pour l’enregistrement de l’Ecole du micro d’argent.

Akhenaton, IAM Pour moi, l'Ecole du micro d’argent, c’est surtout un fenestron d’Ombre est Lumière où tu peux mettre «Sachet blanc», «l’Aimant», «Où sont les roses». Ce sont des morceaux plus storytelling…

Kheops, IAM Plus noirs.

Akhenaton Je pense que c’est un changement musical aussi, un changement de prods. Chez IAM, il y a une influence de la musique américaine. Elle devient plus minimaliste : on suit le mouvement. Et ce genre d’instrus induit une certaine forme d’écriture.

«J'ai envoyé paître les lettres, pourchassé les traîtres / selon l'enseignement de mes maîtres»(l’Ecole du micro d’argent)

Kheops Pete RockMobb Deep, …

Kephren Le seul truc qu’on a arrêté, en fait, c’est les morceaux un peu mystiques, sinon on nous aurait pris pour des Illuminati !

Akhenaton Ce côté mystique, on l’a abandonné parce que c’était devenu illisible. Déjà, quand tu écris un texte un peu structuré, avec deux ou trois mots compliqués, les gens, ils ne comprennent pas. Alors quand tu sors un morceau comme «le Cosmos»… «Oh attends, ils se sont échappés de l’asile !»

Akhenaton On est parti à New York au printemps 1996. On a vécu quatre mois dans le même appartement. C’est là qu’on a pensé cet album-là.

Kheops New York, c’est le temple…

Shurik’n, IAM C’est le retour aux sources, la maison mère.

Kheops C’est les vibes, y’a quelque chose. Quand tu es là-bas, c’est comme si tu avais un second souffle, c’est comme si tu étais dopé.

«A 17 ans je me suis fait une raison / j'étais un petit con»(la Saga)

Nicole Schluss Faire l’album là-bas était une évidence. Depuis tout petit, Kheops et Akhenaton allaient là-bas acheter leurs vinyles. C’est aussi un son qu’ils cherchaient, ce son très cinématographique. Des samples comme ceux de «l’Empire du côté Obscur»«Petit Frère»«Demain c’est loin», ça ne se faisait pas en France, où le rap était encore naissant. Les studios américains avaient plus l’habitude : là-bas, c’était les ingés son qui faisaient les samples, alors qu’en France c’était plutôt les DJ.

Akhenaton Y’a une énergie incroyable dans c’te ville. Et c’était pas le New York d’aujourd’hui, ça tirait sur Allen Street ! Le Lower East Side, c’était un champ de tir.

Shurik’n C’était chaud.

Akhenaton Maintenant, c’est branchouille-land. A l’époque, Delancey Street, c’était le tiers-monde, ça nous rappelait des rues pas finies de Marseille, complément claquées avec tout par terre…

Kheops Y’avait rien, que de la tôle, des hangars fermés. Aujourd’hui, à la place de Greene Street Recordings, y’a Louis Vuitton. Notre déli a disparu aussi, y’a plus que des magasins de partout… La ville a changé et la musique a changé. A l’époque, tu mettais la radio, y avait tout le hip-hop qui nous plaisait, le son new-yorkais.

Akhenaton Au Greene Street, franchement on faisait pas grand chose. Parce qu’il y avait un mec qui squattait la télé avec des films de kung-fu à fond… (il regarde Shurik’n)

Shurik’n Quatre mois de films de kung-fu en VO (il opine du chef).

Akhenaton On est parti à New York au printemps 1996. On a vécu quatre mois dans le même appartement. C’est là qu’on a pensé cet album-là.

Kheops New York, c’est le temple…

Shurik’n, IAM C’est le retour aux sources, la maison mère.

Kheops C’est les vibes, y’a quelque chose. Quand tu es là-bas, c’est comme si tu avais un second souffle, c’est comme si tu étais dopé.

«A 17 ans je me suis fait une raison / j'étais un petit con»(la Saga)

Nicole Schluss Faire l’album là-bas était une évidence. Depuis tout petit, Kheops et Akhenaton allaient là-bas acheter leurs vinyles. C’est aussi un son qu’ils cherchaient, ce son très cinématographique. Des samples comme ceux de «l’Empire du côté Obscur»«Petit Frère»«Demain c’est loin», ça ne se faisait pas en France, où le rap était encore naissant. Les studios américains avaient plus l’habitude : là-bas, c’était les ingés son qui faisaient les samples, alors qu’en France c’était plutôt les DJ.

Akhenaton Y’a une énergie incroyable dans c’te ville. Et c’était pas le New York d’aujourd’hui, ça tirait sur Allen Street ! Le Lower East Side, c’était un champ de tir.

Shurik’n C’était chaud.

Akhenaton Maintenant, c’est branchouille-land. A l’époque, Delancey Street, c’était le tiers-monde, ça nous rappelait des rues pas finies de Marseille, complément claquées avec tout par terre…

Kheops Y’avait rien, que de la tôle, des hangars fermés. Aujourd’hui, à la place de Greene Street Recordings, y’a Louis Vuitton. Notre déli a disparu aussi, y’a plus que des magasins de partout… La ville a changé et la musique a changé. A l’époque, tu mettais la radio, y avait tout le hip-hop qui nous plaisait, le son new-yorkais.

Akhenaton Au Greene Street, franchement on faisait pas grand chose. Parce qu’il y avait un mec qui squattait la télé avec des films de kung-fu à fond… (il regarde Shurik’n)

Shurik’n Quatre mois de films de kung-fu en VO (il opine du chef).

Au studio.

Kheops On a bougé de studio après, on est allé à Sorcerer Sound. Là-bas, on regardait un serpent blanc manger des souris. On attendait l’heure de la bouffe, ils jetaient la souris dedans, nous, on était devant.

Shurik’n Et on attendait patiemment.

Akhenaton C’était atroce. Mais bon, on continuait à faire de la musique. On avait installé tout un studio au fond, dans la salle de prise de voix. On y enregistrait des morceaux avec des potes à nous, des potes de Brooklyn. C’est là qu’on a fait le fameux remix de «Bad Boys de Marseille» qui était sur Métèque et Mat, il est apparu là. A la base, ça rappe en américain, on est plein dessus.

Kheops Ouais, on faisait des versions américaines avec les instrus de l’Ecole…

«Mes motifs sont bien meilleurs que mes méthodes»(Independenza)

Akhenaton Ils existent ces morceaux, ils existent… Au final, je récupère cet instru pour poser la nouvelle version de «Bad Boys …» dessus, avec la Fonky Family qu’on fait venir à New York.

Sat, de la Fonky Family On se doutait pas de ce qui nous attendait sur place. On devait rester quatre jours. On arrive sur place, on enregistre et là, la maison de disque est emballée et dit à Akhenaton : il faut clipper ça. Sauf qu’elle leur dit aussi : vous êtes coincés à New York les gars, donc on enregistre vos scènes à New York et celles avec la «FF» à Marseille. Là, d’un commun accord, on se dit : pas possible, on doit faire ça ensemble. Akhenaton fait le forcing auprès de la maison de disque. Il explique qu’il faut qu'on reste le temps d'écrire le synopsis et de le shooter.

Akhenaton On les a fait rester pour tourner le clip à New York, et au final ils sont restés un mois entier. C’était un bordel monumental…

Sat On devient des témoins privilégiés de la genèse de l'Ecole du micro d’argent. Un truc de fou, j’ai juste 20 ans et je me retrouve en studio avec eux, ces mecs qui m’ont donné l’envie d’écrire, qui ont joué un rôle dans ma construction en tant qu’homme, par leurs paroles, leur message, leur façon de voir les choses… A New York, je lâchais pas Shurik’n d’une semelle, j’ai été son ombre pendant un mois. Il préparait aussi l'album Où je vis. Je le regardais travailler ses prods, écrire. Ils étaient tout le temps en train de bosser sur leurs prods, leurs textes, en même temps. Du coup, il y avait un phénomène d’émulation, on s’écoutait, on voulait s’impressionner les uns les autres. On savait qu'en se mettant des gifles mutuellement ça ne pouvait que fonctionner.

«Certains naissent dans les choux / d'autres dans la merde»(Nés sous la même étoile)

Akhenaton Un jour Tonton (Imhotep) fait tourner l’instru de «la Saga» à fond. Et là, il y a les mecs de Sunz of Man qui rentrent dans le studio et ils disent : «Oh, c’est quoi ce son ?» «C’est un morceau qu’on n’a pas encore écrit.» De suite : «On veut en être !» Mais, en fait ils sont sur plein de morceaux de l’Ecolequ’on a pas sorti au final… C’était des affiliés au Wu-Tang Clan mais c’était pas le Wu-Tang proprement dit.

Kheops C’était pas les huit principaux de Wu-Tang quoi.

Akhenaton On est parti à New York au printemps 1996. On a vécu quatre mois dans le même appartement. C’est là qu’on a pensé cet album-là.

Kheops New York, c’est le temple…

Shurik’n, IAM C’est le retour aux sources, la maison mère.

Kheops C’est les vibes, y’a quelque chose. Quand tu es là-bas, c’est comme si tu avais un second souffle, c’est comme si tu étais dopé.

«A 17 ans je me suis fait une raison / j'étais un petit con»(la Saga)

Nicole Schluss Faire l’album là-bas était une évidence. Depuis tout petit, Kheops et Akhenaton allaient là-bas acheter leurs vinyles. C’est aussi un son qu’ils cherchaient, ce son très cinématographique. Des samples comme ceux de «l’Empire du côté Obscur»«Petit Frère»«Demain c’est loin», ça ne se faisait pas en France, où le rap était encore naissant. Les studios américains avaient plus l’habitude : là-bas, c’était les ingés son qui faisaient les samples, alors qu’en France c’était plutôt les DJ.

Akhenaton Y’a une énergie incroyable dans c’te ville. Et c’était pas le New York d’aujourd’hui, ça tirait sur Allen Street ! Le Lower East Side, c’était un champ de tir.

Shurik’n C’était chaud.

Akhenaton Maintenant, c’est branchouille-land. A l’époque, Delancey Street, c’était le tiers-monde, ça nous rappelait des rues pas finies de Marseille, complément claquées avec tout par terre…

Kheops Y’avait rien, que de la tôle, des hangars fermés. Aujourd’hui, à la place de Greene Street Recordings, y’a Louis Vuitton. Notre déli a disparu aussi, y’a plus que des magasins de partout… La ville a changé et la musique a changé. A l’époque, tu mettais la radio, y avait tout le hip-hop qui nous plaisait, le son new-yorkais.

Akhenaton Au Greene Street, franchement on faisait pas grand chose. Parce qu’il y avait un mec qui squattait la télé avec des films de kung-fu à fond… (il regarde Shurik’n)

Shurik’n Quatre mois de films de kung-fu en VO (il opine du chef).

Au studio.

Kheops On a bougé de studio après, on est allé à Sorcerer Sound. Là-bas, on regardait un serpent blanc manger des souris. On attendait l’heure de la bouffe, ils jetaient la souris dedans, nous, on était devant.

Shurik’n Et on attendait patiemment.

Akhenaton C’était atroce. Mais bon, on continuait à faire de la musique. On avait installé tout un studio au fond, dans la salle de prise de voix. On y enregistrait des morceaux avec des potes à nous, des potes de Brooklyn. C’est là qu’on a fait le fameux remix de «Bad Boys de Marseille» qui était sur Métèque et Mat, il est apparu là. A la base, ça rappe en américain, on est plein dessus.

Kheops Ouais, on faisait des versions américaines avec les instrus de l’Ecole…

«Mes motifs sont bien meilleurs que mes méthodes»(Independenza)

Akhenaton Ils existent ces morceaux, ils existent… Au final, je récupère cet instru pour poser la nouvelle version de «Bad Boys …» dessus, avec la Fonky Family qu’on fait venir à New York.

Sat, de la Fonky Family On se doutait pas de ce qui nous attendait sur place. On devait rester quatre jours. On arrive sur place, on enregistre et là, la maison de disque est emballée et dit à Akhenaton : il faut clipper ça. Sauf qu’elle leur dit aussi : vous êtes coincés à New York les gars, donc on enregistre vos scènes à New York et celles avec la «FF» à Marseille. Là, d’un commun accord, on se dit : pas possible, on doit faire ça ensemble. Akhenaton fait le forcing auprès de la maison de disque. Il explique qu’il faut qu'on reste le temps d'écrire le synopsis et de le shooter.

Akhenaton On les a fait rester pour tourner le clip à New York, et au final ils sont restés un mois entier. C’était un bordel monumental…

Sat On devient des témoins privilégiés de la genèse de l'Ecole du micro d’argent. Un truc de fou, j’ai juste 20 ans et je me retrouve en studio avec eux, ces mecs qui m’ont donné l’envie d’écrire, qui ont joué un rôle dans ma construction en tant qu’homme, par leurs paroles, leur message, leur façon de voir les choses… A New York, je lâchais pas Shurik’n d’une semelle, j’ai été son ombre pendant un mois. Il préparait aussi l'album Où je vis. Je le regardais travailler ses prods, écrire. Ils étaient tout le temps en train de bosser sur leurs prods, leurs textes, en même temps. Du coup, il y avait un phénomène d’émulation, on s’écoutait, on voulait s’impressionner les uns les autres. On savait qu'en se mettant des gifles mutuellement ça ne pouvait que fonctionner.

«Certains naissent dans les choux / d'autres dans la merde»(Nés sous la même étoile)

Akhenaton Un jour Tonton (Imhotep) fait tourner l’instru de «la Saga» à fond. Et là, il y a les mecs de Sunz of Man qui rentrent dans le studio et ils disent : «Oh, c’est quoi ce son ?» «C’est un morceau qu’on n’a pas encore écrit.» De suite : «On veut en être !» Mais, en fait ils sont sur plein de morceaux de l’Ecolequ’on a pas sorti au final… C’était des affiliés au Wu-Tang Clan mais c’était pas le Wu-Tang proprement dit.

Kheops C’était pas les huit principaux de Wu-Tang quoi.

Akhenaton Les gars du Wu-Tang, c’était en fait une myriade de groupes, je sais même pas combien… Tu avais la Killarmy, les Sunz of ManTimbo King … En fait, ça s’est fait par l’intermédiaire d’un ami commun, Billy, un peintre. On se retrouvait chez lui pour chiller le soir après le studio. Rigoler, boire un coup, tout ça. Et puis eux, ils passaient souvent. De fil en aiguille, ils sont passés au studio, ils ont squatté autour d’un ping pong, d’une table de billard…

Kheops (il imite la voix de Timbo King qui joue) «It’s over ! You’re deaaad...»

Akhenaton On faisait de bonnes battles de billard contre Timbo King.

Kheops Et donc on fait un morceau avec Sunz of Man et Timbo King. C’est après, quand on est arrivé à Paris, que des gens extérieurs à nous ont commencé à dire : «IAM a fait un morceau avec le Wu-Tang !» Dans notre tête, le Wu-Tang, c’était Ghostface, Raekwon, Method Man, ça s’arrêtait là. On est pas arrivés en disant : «On a fait un morceau avec le Wu-Tang.» Jamais on l’a dit. C’est les gens qui ont monté ça de fil en aiguille.

«J'ai mis les mots au tapin pour la sensation / au trottoir les syllabes, prostitué la diction»(Chez le mac)

Akhenaton Prodigal Sunn (de Sunz of Man) et Timbo, ils en étaient très proches quand même.

Shurik’n Parce que c’est la famille, c’est normal.

Nuttea, artiste reggae J’étais dans la même maison de disques qu’IAM à l’époque, Delabel. Ils étaient tombés sur mon premier album, Paris Kingston Paris, ils voulaient voir si ça pouvait matcher entre nous, et ça l’a fait. Je suis allé enregistrer «Un cri court dans la nuit» à New York, je suis resté une petite semaine, c’était le kif. Pour l’anecdote, un jour que j’étais posé devant la télé, je tombe sur un clip de Method Man, «Bring the pain». A côté de moi sur le canapé, y’avait un renoi qui hallucinait comme moi sur le truc, on se disait que ça déchirait. Et en fait, le mec en question, sur le canap, c’était DJ Premier ! J’ai mis une heure à me rendre compte de ça, c’était fou.

Akhenaton On est parti à New York au printemps 1996. On a vécu quatre mois dans le même appartement. C’est là qu’on a pensé cet album-là.

Kheops New York, c’est le temple…

Shurik’n, IAM C’est le retour aux sources, la maison mère.

Kheops C’est les vibes, y’a quelque chose. Quand tu es là-bas, c’est comme si tu avais un second souffle, c’est comme si tu étais dopé.

«A 17 ans je me suis fait une raison / j'étais un petit con»(la Saga)

Nicole Schluss Faire l’album là-bas était une évidence. Depuis tout petit, Kheops et Akhenaton allaient là-bas acheter leurs vinyles. C’est aussi un son qu’ils cherchaient, ce son très cinématographique. Des samples comme ceux de «l’Empire du côté Obscur»«Petit Frère»«Demain c’est loin», ça ne se faisait pas en France, où le rap était encore naissant. Les studios américains avaient plus l’habitude : là-bas, c’était les ingés son qui faisaient les samples, alors qu’en France c’était plutôt les DJ.

Akhenaton Y’a une énergie incroyable dans c’te ville. Et c’était pas le New York d’aujourd’hui, ça tirait sur Allen Street ! Le Lower East Side, c’était un champ de tir.

Shurik’n C’était chaud.

Akhenaton Maintenant, c’est branchouille-land. A l’époque, Delancey Street, c’était le tiers-monde, ça nous rappelait des rues pas finies de Marseille, complément claquées avec tout par terre…

Kheops Y’avait rien, que de la tôle, des hangars fermés. Aujourd’hui, à la place de Greene Street Recordings, y’a Louis Vuitton. Notre déli a disparu aussi, y’a plus que des magasins de partout… La ville a changé et la musique a changé. A l’époque, tu mettais la radio, y avait tout le hip-hop qui nous plaisait, le son new-yorkais.

Akhenaton Au Greene Street, franchement on faisait pas grand chose. Parce qu’il y avait un mec qui squattait la télé avec des films de kung-fu à fond… (il regarde Shurik’n)

Shurik’n Quatre mois de films de kung-fu en VO (il opine du chef).

Au studio.

Kheops On a bougé de studio après, on est allé à Sorcerer Sound. Là-bas, on regardait un serpent blanc manger des souris. On attendait l’heure de la bouffe, ils jetaient la souris dedans, nous, on était devant.

Shurik’n Et on attendait patiemment.

Akhenaton C’était atroce. Mais bon, on continuait à faire de la musique. On avait installé tout un studio au fond, dans la salle de prise de voix. On y enregistrait des morceaux avec des potes à nous, des potes de Brooklyn. C’est là qu’on a fait le fameux remix de «Bad Boys de Marseille» qui était sur Métèque et Mat, il est apparu là. A la base, ça rappe en américain, on est plein dessus.

Kheops Ouais, on faisait des versions américaines avec les instrus de l’Ecole…

«Mes motifs sont bien meilleurs que mes méthodes»(Independenza)

Akhenaton Ils existent ces morceaux, ils existent… Au final, je récupère cet instru pour poser la nouvelle version de «Bad Boys …» dessus, avec la Fonky Family qu’on fait venir à New York.

Sat, de la Fonky Family On se doutait pas de ce qui nous attendait sur place. On devait rester quatre jours. On arrive sur place, on enregistre et là, la maison de disque est emballée et dit à Akhenaton : il faut clipper ça. Sauf qu’elle leur dit aussi : vous êtes coincés à New York les gars, donc on enregistre vos scènes à New York et celles avec la «FF» à Marseille. Là, d’un commun accord, on se dit : pas possible, on doit faire ça ensemble. Akhenaton fait le forcing auprès de la maison de disque. Il explique qu’il faut qu'on reste le temps d'écrire le synopsis et de le shooter.

Akhenaton On les a fait rester pour tourner le clip à New York, et au final ils sont restés un mois entier. C’était un bordel monumental…

Sat On devient des témoins privilégiés de la genèse de l'Ecole du micro d’argent. Un truc de fou, j’ai juste 20 ans et je me retrouve en studio avec eux, ces mecs qui m’ont donné l’envie d’écrire, qui ont joué un rôle dans ma construction en tant qu’homme, par leurs paroles, leur message, leur façon de voir les choses… A New York, je lâchais pas Shurik’n d’une semelle, j’ai été son ombre pendant un mois. Il préparait aussi l'album Où je vis. Je le regardais travailler ses prods, écrire. Ils étaient tout le temps en train de bosser sur leurs prods, leurs textes, en même temps. Du coup, il y avait un phénomène d’émulation, on s’écoutait, on voulait s’impressionner les uns les autres. On savait qu'en se mettant des gifles mutuellement ça ne pouvait que fonctionner.

«Certains naissent dans les choux / d'autres dans la merde»(Nés sous la même étoile)

Akhenaton Un jour Tonton (Imhotep) fait tourner l’instru de «la Saga» à fond. Et là, il y a les mecs de Sunz of Man qui rentrent dans le studio et ils disent : «Oh, c’est quoi ce son ?» «C’est un morceau qu’on n’a pas encore écrit.» De suite : «On veut en être !» Mais, en fait ils sont sur plein de morceaux de l’Ecolequ’on a pas sorti au final… C’était des affiliés au Wu-Tang Clan mais c’était pas le Wu-Tang proprement dit.

Kheops C’était pas les huit principaux de Wu-Tang quoi.

Akhenaton Les gars du Wu-Tang, c’était en fait une myriade de groupes, je sais même pas combien… Tu avais la Killarmy, les Sunz of ManTimbo King … En fait, ça s’est fait par l’intermédiaire d’un ami commun, Billy, un peintre. On se retrouvait chez lui pour chiller le soir après le studio. Rigoler, boire un coup, tout ça. Et puis eux, ils passaient souvent. De fil en aiguille, ils sont passés au studio, ils ont squatté autour d’un ping pong, d’une table de billard…

Kheops (il imite la voix de Timbo King qui joue) «It’s over ! You’re deaaad...»

Akhenaton On faisait de bonnes battles de billard contre Timbo King.

Kheops Et donc on fait un morceau avec Sunz of Man et Timbo King. C’est après, quand on est arrivé à Paris, que des gens extérieurs à nous ont commencé à dire : «IAM a fait un morceau avec le Wu-Tang !» Dans notre tête, le Wu-Tang, c’était Ghostface, Raekwon, Method Man, ça s’arrêtait là. On est pas arrivés en disant : «On a fait un morceau avec le Wu-Tang.» Jamais on l’a dit. C’est les gens qui ont monté ça de fil en aiguille.

«J'ai mis les mots au tapin pour la sensation / au trottoir les syllabes, prostitué la diction»(Chez le mac)

Akhenaton Prodigal Sunn (de Sunz of Man) et Timbo, ils en étaient très proches quand même.

Shurik’n Parce que c’est la famille, c’est normal.

Nuttea, artiste reggae J’étais dans la même maison de disques qu’IAM à l’époque, Delabel. Ils étaient tombés sur mon premier album, Paris Kingston Paris, ils voulaient voir si ça pouvait matcher entre nous, et ça l’a fait. Je suis allé enregistrer «Un cri court dans la nuit» à New York, je suis resté une petite semaine, c’était le kif. Pour l’anecdote, un jour que j’étais posé devant la télé, je tombe sur un clip de Method Man, «Bring the pain». A côté de moi sur le canapé, y’avait un renoi qui hallucinait comme moi sur le truc, on se disait que ça déchirait. Et en fait, le mec en question, sur le canap, c’était DJ Premier ! J’ai mis une heure à me rendre compte de ça, c’était fou.

Kheops chez un disquaire new-yorkais, ici avec Cut Killer.

Akhenaton Après, on est rentré et on a fini l’album à Paris, à partir d’octobre 1996. On fait une deuxième session studio sur un mois et demi. C’est là qu’on fait un morceau comme «l’Enfer» avec East. C’était une promesse. On devait l’enregistrer avec lui la semaine qui a suivi sa disparition. Il est mort dans un accident de scooter un samedi, on devait enregistrer le mardi ou le mercredi d’après. Alors on a demandé l’autorisation à sa famille, à sa fiancée et à Cut Killer, qui travaillait avec lui, d’avoir accès à un a cappella. Et on a construit le morceau entier autour du couplet de East. Eric (Kheops) est venu avec un sample…

Kheops Dirty Harry

Akhenaton J’ai bossé la rythmique dessus, tout le beatmaking. On a aussi invité Fabe. C’était le partner, il était à mon mariage… c’est plus qu’un rappeur français, c’est un ami. Ça faisait sens de faire ce morceau-là avec eux et on voulait absolument l’avoir dans l’album. On a donc créé ce morceau, et six ou sept autres de cette manière en France. Après, des légendes urbaines disent que c’est après avoir écouté…

Fred Musa … les X-Men, du collectif Time Bomb. Selon les rumeurs, Akhenaton et Shurik'n seraient tombés sur le flow de Ill, Cassidy et Hi-Fi des X-Men. Ils avaient un flow très Wu-Tang, des sonorités un peu sombres. Et alors IAM se serait dit : «Notre album, ça va jamais marcher, faut qu'on retourne tout de suite en studio, faut tout refaire…» J'ai toujours essayé de démêler le vrai du faux dans cette histoire. Il paraît qu’un album entier aurait sauté. Les mecs m'ont jamais dit oui, ils m'ont donné une réponse, mais bon…

«Mars est l'empire, je lance mes troupes à terre / pour éradiquer ce niais de Jean-Claude Gaudin Skywalker»(l’Empire du côté obscur)

Akhenaton Je vais te démerder très clairement cette histoire puisque c’est nous qui avons enregistré cet album. Le mec de Time Bomb que je connais, c’est Ali de Lunatic. Il est venu dans les derniers moments de l’enregistrement de l’album, pas deux mois avant la fin comme on le dit. On l’a invité ensuite à venir à la journée spéciale sur Canal + consacrée à la sortie de l’album et on a fait un freestyle à Génération en même temps. C’est là qu’on a rencontré toute l’équipe des X-Men.

Oxmo Puccino, rappeur Je les ai rencontrés quand ils sont venus à Génération pour un freestyle, ça devait être début 97, fin 96.. Un mercredi. On était honoré, on touchait plus terre. La première ou la deuxième fois qu'on les rencontre, ils nous ont fait écouter l'Ecole du micro d’argent. Je m’en souviens très bien. On était tous dans la même pièce, stoïques. Silence général dans la foule. Et eux dans le questionnement de comment on allait prendre la chose, parce que nous, on était pas de la même génération, on était des énervés. On a pris ça comme il se le devait. Pas dans un postulat de nouveaux face aux anciens qui ont fait leur temps.

Cassidy, des X-Men Au moment où IAM enregistre l'Ecole du micro d’argent, ils écoutaient aussi ce qu’on faisait. C&rsqu